Blogue

Le rapport Ménard: Une voix de plus vers une considération bien présente dans le milieu

24 mars 2009 par Josianne Massé

Plusieurs voix se sont fait entendre depuis le récent dépôt du rapport Ménard. Celles qui peuvent paraître tardives ou moins fortes sont peut-être des mains tendues, comme l’ est celle de notre organisation. Une main tendue pour accueillir, d’abord, cette voix de plus qui s’ajoute à la nôtre pour croire en l’amélioration de la réussite des élèves. On aurait eu tort de s’attendre à de nouveaux constats ou de nouvelles réalités; nous avons, comme plusieurs acteurs du monde scolaire, depuis longtemps mis en lumière les causes aussi bien que les remèdes.

On se souviendra avoir fréquemment trouvé au coeur de nos propos l’importance de placer l’élève à la source autant qu’à la destination de nos actions. Investir, s’investir auprès de lui, et dans l’école d’abord, choisissant de ne pas disperser les efforts et les ressources en investissant dans les structures, mais en mettant le focus sur l’élève, là où il peut ressentir pleinement la portée des gestes visant à l’aider à réussir. On se souviendra surtout combien nous avons répété l’importance de trouver tout un milieu comme partenaire de l’école, une école ouverte sur une communauté animée par le désir d’agir aussi.

Or, plusieurs stratégies sont déjà en marche, respectant les spécificités de chaque milieu parce que directement axées sur les critères bien différents d’une communauté scolaire à une autre. Il faut poursuivre le travail déjà amorcé en considérant que le rapport Ménard est une voix supplémentaire encourageant le maintien des actions déjà pré sentes dans les milieux. Chaque voix qui s’ajoute est un élément motivateur supplémentaire pour des acteurs qui fournissent déjà des efforts importants auprès des élèves. Certes, il faut évaluer l’impact des différents programmes, mais en sachant mesurer le résultat autrement que dans l’esprit de cibles qu’une ministre pourrait être tentée d’ajouter pour illustrer une forme de considération politique, pour donner l’impression rassurante d’avoir entendu. Le reste ne serait que bureaucratie et n’aurait alors pour fonction que d’occuper davantage les ressources sur ce qui est le moins rentable pour l’élève et cultiverait la culpabilité des intervenants plutôt que de leur donner les moyens d’une ambition qu’ils ont déjà, celle de voir l’élève réussir et choisir de persévérer.

Communauté apprenante de milieu

13 mars 2009 par Martin Comeau

Je ne saurais dire si c’est le cas partout, mais le conseil d’établissement auquel j’ai eu la chance d’assister hier comprenait un peu tout ce qu’on trouve dans une communauté. On ne parlera pas tout de suite des enseignants, parce que ça, c’est compris dans l’exercice tout comme le directeur d’école et même le si lencieux commissaire scolaire. Quand je parle de la représentativité, je parle aussi d’une personne issue du monde des affaires, puis une autre du milieu ouvrier, puis cette autre travailleuse sociale, c’est sans vous parler, aussi, du service de garde et du chapeau de parent que porte un peu tout le monde autour de la table.

J’y étais sur invitation à ce C.E., pour parler TIC et cyber-intimidation et parce que depuis des lunes, notre fille fréquente cette école et ma conjointe et moi acceptons d’y être la semaine pour ne pas que la bibliothèque soit déserte, pour éviter que l’enseignant sache plus où donner de la tête quand la classe a bien besoin d’un accompagnateur, à l’école comme en activités, ou plus spécifiquement quand le directeur d’école se met en tête la drôle d’idée que chaque élève devrait profiter des mêmes chances, que chaque élève devrait pouvoir bénéficier d’un portable pour fonctionner, tant qu’à faire. C’est là qu’il s’est dit que ce serait bien que je lui offre quelques heures de mon temps et du peu qu’il me reste de mes soirées. On est jamais si bien que deux pour rêver, alors je lui ai dit pourquoi pas ?

* * *

Ce n’est pas une école dans le plus cossu des milieux. Ça y joue parfois dur et on n’a peut-être pas tartiné les revenus de façon é gale dans mon coin. Le souci de faire sortir l’enfant avec le même bagage d’actifs d’apprentissages, lui, anime pas mal tout le monde qui se trouve autour de la table. Aucun natif du numérique dans les alentours des décisions, mais suffisamment d’ouverture d’esprit pour que la réunion prenne la tournure nécessaire pour avancer, par une toute petite phrase, à un certain moment, soufflée par une enseignante quelques printemps juste après la cinquantaine et qui ressemblait à ceci :

- Qu’est-ce que je pourrais faire avec ça, moi?
- Comment vous appréciez les traitements de texte ? que je lui demande.
- Ça je suis capable.

Elle va s’occuper du wiki. Elle va tenir le wiki de l’école. Et elle aimerait aussi que ça ne serve pas à rien. Tout comme ce prof qui me dit :

- Moi, monsieur, je suis bon en recherche. Mes élèves, ils ne connaissent pas Fred Caillou, alors bang! Je leur ai montré une photo sur Google!
- Ils devaient rire un bon coup vos élèves! que je lui dis.
- Je ne sais pas, l’un deux l’écoutait déjà en espagnol!

* * *

Les gens que j’ai rencontrés hier ont souligné quatre conditions gagnantes pour réussir leur intégration et l’adhésion enthousiaste à l’idée :

    1. L’enfant doit pouvoir revenir à la maison avec l’outil, pour que le parent puisse prendre le relais avec lui, l’un et l’autre apprenant grâce à une pratique adaptée au temps de chacun et permettant au parent d’être impliqué grâce à un objet qui a une fonction d’apprentissage plutôt que représentant uniquement un aspect ludique;
    2. La première année du projet, on devra capitaliser sur les forces des enseignants et trouver des usages qui se transforment en activités d’apprentissages dans un programme ouvert et flexible;
    3. Partir des idées et faire évoluer celles-ci vers l’outil et les technologies et non des TIC qui dictent les activités;
    4. Partir d’une page bien blanche, l’esprit ouvert et surtout, créer le programme au gré de l’aventure.

      * * *

      Ce n’est jamais décidé d’un coup, tout de suite comme ça, ce genre de projet. Celui-là ne l’ est pas davantage. Mais il y avait unanimité hier autour de cette table. On pouvait le faire. Le reste appartient aux passions. Mais ce qui devait partir d’un directeur d’école et d’un enseignant est maintenant en contagion chez trois d’entre eux et un conseil d’établissement. Tout simplement grâce au fait que chacun a choisi de bâtir le projet… ensemble. Je vous avais dit qu’hier il y avait du monde de tous les milieux, bien maintenant, ce monde rêve à une communauté d’apprenants étendue à la participation de tout ce milieu.

      L’intimidation: la pernicieuse spirale du silence

      24 février 2009 par Chantal Longpré

      L’intimidation, c’est une réalité pour 70 % des enfants de 9 ans disant avoir été victimes de violence et d’intimidation à l’école en 2002. C’est une fille sur cinq et un garçon sur 10 qui craignent la violence physique ou verbale. Chez nos voisins du sud, on recense un cas de bullying toutes les 7 minutes et les adultes interviendraient dans … 4 % des cas. Un résultat gênant si on le compare aux pairs, les autres enfants, qui eux interviendraient dans 11 % des situations, toujours selon ce dossier de la journaliste Annie Fernandez, du Journal de Québec. Des données à faire réfléchir sur la pernicieuse spirale silencieuse qui entoure l’intimidation.

      Ce n’est pas par erreur que l’on a évité d’ajouter le mot « scolaire » à « intimidation ». Chemin du retour de l’école, parcs, ruelles, arénas et terrains municipaux sont autant d’endroits où, en plus de l’école, s’exercent les gestes d’intimidation envers les enfants. La répétition des actes d’intimidation conjuguée à l’omniprésence de l’agresseur représentent un dangereux cocktail pour toute la communauté scolaire, pour l’enfant qui en est victime, et dont les conséquences sont considérables.

      Au coeur du problème, il y a bien é videmment le silence. Un silence qui trouve sa cause dans la croyance qu’en parler causera plus de tort que de se taire. Si certaines de ces perceptions de l’enfant sont erronées, d’autres, elles, sont bien réelles. C’est ce que souligne Jean Gervais dans son ex cellent livre Au Secours! publié aux Éditions Boréal Jeunesse. « Ils [les enfants] ont peur des représailles ou craignent de passer pour des délateurs (…) ils estiment que défendre le souffre-douleur n’est pas de leur responsabilité. »

      En tant qu’éducateurs, nous pouvons adopter des mesures et proposer des apprentissages qui visent à mettre en place un climat sain et sécuritaire à l’école. Nous pouvons travailler à amener les enfants à comprendre qu’il en va de leur responsabilité aussi d’assurer le maintien de la qualité du milieu de vie scolaire. Toutefois, notre communauté doit aussi se charger de prendre le relais. Autant les enseignants que les directions scolaires ne sauraient être de chaque rue, parc et cour arrière de résidences familiales pour assurer la continuité de ce travail de responsabilisation, de mobilisation.

      La cyberintimidation est un chapitre tout aussi actif et malheureusement efficace qui se déroule bien souvent à partir de la maison. Les échanges de courriels haineux ou d’alliances négatives contre un enfant sont autant d’occasions qui échappent aux écoles mais qui sont au coeur des foyers, là où se trouve le partenaire principal du monde scolaire, le parent.

      La solution appartient aux élèves, au monde scolaire, aux parents, aux commerçants, aux passants, aux voisins, au concierge, au brigadier scolaire, … à toute une communauté. Refuser cette responsabilité, c’est choisir de faire partie de la pernicieuse spirale du silence et donc en accepter les sombres conséquences dont nous payons tous le prix, l’ enfant le premier.

      Choisir de croire en ceux qui croient aux succès de l’élève

      11 février 2009 par Chantal Longpré

      «Enseignement du français: le plan d’action bat de l’aile» titrait Le Soleil, un article de Daphnée Dion-Viens, le 9 février dernier.

      Ce n’est pas seulement le plan d’action qui bat de l’aile, c’est surtout le résultat, tant de fois démontré par le passé, de toute mesure qui tente d’appliquer mur-à-mur des solutions qui ne tiennent pas compte du caractère distinctif de chaque milieu, des défis qui appartiennent à chacune des classes de chacune des écoles.

      Les enseignants autant que les directions d’établissement d’enseignement n’offrent pas leur opposition par simple plaisir d’en découdre avec la ministre de l’éducation. Ils en appellent plutôt au respect des interventions de chacun de ceux qui investissent des efforts de tous les instants pour poursuivre et soutenir des stratégies collées à la réalité des élèves. Qui profite d’un meilleur poste d’observation et d’intervention que l’enseignant et la direction d’établissement d’enseignement pour saisir les enjeux et les défis qui sont propres à la maîtrise du français?

      Le rôle des enseignants et des leaders en gestion pédagogique n’est certainement pas de céder à la panique face aux performances des élèves, encore moins d’offrir une solution qui s’explique en deux points, dictée et lecture, mais qui n’ en marque aucun sur le terrain. Au coeur de nos objectifs et de nos préoccupations se trouve l’élève. Au coeur des difficultés qu’il éprouve, pour conserver sa motivation, il doit d’abord sentir que chacun de ceux qui l’accompagnent agit en comprenant ses différences, ses difficultés qui sont diffé rentes de celles de son voisin de pupitre.

      Au coeur de chacune des communautés, on trouve des différences qui viennent ponctuer les stratégies, teinter le choix des actions et des moyens. C’est faire confiance à des solutions qui s’inspirent de la personne et non des urgences dictées par l’alarmisme qui ne saurait ê tre que con tre-productif. Le monde scolaire en appelle à la solidarité de chacun des acteurs, qui partagent tous le même objectif : la réussite des élèves. La maîtrise du français est l’affaire de tous les acteurs du milieu, dans une école qui n’a désormais plus, pour seules limites, l’établissement où évolue l’enfant. C’est une invitation à la ministre de l’éducation qui est lancée par le milieu scolaire, une invitation à faire confiance à ceux qui côtoient et accompagnent chaque jour les élèves vers une réussite en laquelle nous croyons.

      Semaine des enseignants : choisir de prolonger notre gratitude

      2 février 2009 par Chantal Longpré

      Une semaine pour y réfléchir. C’est un peu ce à quoi nous appelle la semaine des enseignants. Une semaine pour observer où se situe notre compréhension de leur passion, leurs défis, leurs enjeux, mais aussi leurs limites et leurs contraintes.

      Une semaine pour observer plus particulièrement avec quel enthousiasme les enseignants portent une charge de responsabilités et d’attentes que peu d’entre nous sont appelés à soutenir. Une semaine pour reconnaître la contribution incalculable que représente la création de l’espace d’apprentissage, le développement des compétences, l’accompagnement vers la réussite, la valse de gestes à poser, aussi, pour entretenir chez nos enfants cette soif d’apprendre.

      Une semaine pour se rappeler ces gens à qui les victoires appartiennent rarement, à qui les difficultés des élèves sont trop souvent attribuées. Une semaine pour se rappeler, surtout, qu’il faudra bien prolonger cette ré flexion chaque jour. Parce qu’après cette semaine, pour ceux qu’elle tente de saluer, il en restera 51 dans la vie de chacun de nos enfants, accompagné s de leur s enseignants. C’est à eux que je souhaite que se prolonge cette gratitude pour tous les jours qui suivront.

      Succès et difficultés pour les tenants des TIC en éducation

      28 janvier 2009 par Julie Lussier

      Christophe* est le père d’une jeune élève de 9 ans de la Capitale nationale dont le « parc informatique » de son école ne dispose que de 10 ordinateurs. Ils sont quelques parents à s’être joint à Christophe afin de former un comité responsable de la recherche de financement pour en arriver à offrir à chaque élève, dès la 3ème année, un mini-portable.

      Mais le groupe n’a pas la tâche facile. «Chaque fois que le projet rencontre ses opposants les plus farouches, c’est lorsque que ses détracteurs polarisent la réflexion sur l’ordinateur comme instrument technologique plutôt qu’un moyen d’apprendre, un outil de partage des apprentissages », plaide Christophe.

      Une réflexion incontournable

      Pourtant la réflexion est bel et bien engagée, impossible de faire marche arrière soutiennent plusieurs. C’est le cas de Ronald Canuel, directeur général de la commission scolaire Eastern Townships, élu l’un des héros de l’année par le lectorat de la revue Sélection du Reader’s Digest. Un honneur mérité grâce à l’achat et le soutien de l’implantation d’ordinateurs pour les élèves de son organisation dans une vaste opération de 12,5 millions. Revenir en arrière vous dites? «Comme l’a dit le président du syndicat en séance publique, (…) enseigner sans portable ce serait retourner à l’ère préhistorique!» répondait monsieur Canuel à la journaliste Cynthia St-Hilaire< /a>.

      En attente de statistiques
      Peu de statistiques au Québec permettent d’appuyer les promoteurs de l’utilisation des TIC. «Le MELS n’a pas de rapport, mais il y en a un qui a été fait par la commission scolaire [Eastern Townships]», note Stéphanie Tremblay, conseillère en communications au MELS dont les propos sont relatés dans l’ article de madame St-Hilaire.

      Mais nos voisins français ont le numérique à l’œil. Déjà en 2006, la seule lecture du Rapport pour le développement des TIC dans l’Éducation nationale avait de quoi faire espérer le milieu de l’éducation. De notre côté de l’Atlantique, les pressions se font de plus en plus nombreuses. Les dernières élections provinciales ont donné l’occasion aux tenants de l’utilisation des TIC en éducation ainsi qu’au milieu communautaire et des affaires d’exiger des partis un plan numérique pour le Québec. Un bouillonnement de propositions liées aux TIC en éducation y ont vu le jour.

      «On ne pourra éternellement se rabattre sur l’ absence de statistiques concluantes pour retarder les investissements dans ce genre de projet, explique Christophe. Qu’on le veuille ou non, les TIC sont utilisées presque universellement par les élèves dans leur milieu de vie! Plus qu’un handicap, chaque occasion manquée d’en être vient augmenter le fossé qui existe entre les natifs du numériques, ceux que nous sommes appelés à servir, et nous les éducateurs.»
      _____________________
      * Christophe est un pseudonyme, le parent ayant souhaité conserver l’anonymat pour les fins de cet article.

      Quand le politique oublie son rôle le temps d’une campagne…

      8 décembre 2008 par Chantal Longpré

      Un milieu scolaire, c’est tout sauf politique. Un milieu scolaire, c’est un processus bien plus qu’un moment figé dans une campagne et quelques pages d’un programme, c’est une démarche et des objectifs et non des interventions au goût du jour. Un milieu scolaire, c’est des élèves qui survivent aux partis, à leur programme et à leurs implications. Le parcours scolaire de l’élève, dont les enjeux se situent dans une stratégie globale de tout un milieu, ne saurait tirer profit d’une vision électoraliste, copiée et collée selon les mouvements qui animent, stratégiquement, l’opinion publique et prennent en considération le rayonnement médiatique. Les maux pédagogiques ont depuis longtemps dans le milieu scolaire cherché des remè des autrement que politiques.

      L’attention consacrée à l’éducation dans la présente campagne n’en est pas à son premier revers. Si les partis politiques ont choisi un peu tardivement de se saisir de la question de l’éducation, les secousses récentes au niveau fédéral n’ont rien pour ramener le regard et l’intérêt des citoyens sur le sujet et obliger le politique à démontrer une réelle compréhension des enjeux du monde scolaire. Dans cette campagne où tous les acteurs s’accordent pour dire que les débats de société n’ont pu trouver leur place dans l’agenda, on peut tout de même se questionner sur le regard que posent les partis sur le chapitre Éducation.

      Dans cette province à laquelle on reproche souvent de voter davantage contre un parti que pour un autre, on ne s’étonnera pas de voir la priorité être donnée aux sujets qui calment la grogne de l’électorat, tout en s’assurant d’une réponse, plus ou moins adéquate, dans les dossiers délicats comme les prêts et bourses, les frais de scolarité, et plus près de nous, les ratios maître-élèves et la réforme de l’éducation, tous sous l’angle du politique comme législateur, oubliant son rôle réel, premier, fondamental en éducation : veiller à ce que l’école remplisse son rôle.

      Or, toutes les occasions manquées par le politique de démontrer sa compréhension, autant de son rôle que de ce que la population attend de lui, convergent vers ce que nous croyons le plus fermement : Pour que l’élève demeure au centre de nos préoccupations, il faudra que le politique revienne à des énoncés de grandes orientations, tout en s’assurant ensuite que l’école joue son rôle. Le leadership scolaire, autant que ce qui anime l’é ducation, est depuis longtemps en dehors des offices politiques. Vivem ent que nous nous en rappelions maintenant.

      Réduction du ratio élèves-enseignants: Les moyens de nos ambitions

      27 novembre 2008 par Chantal Longpré


      Campagne électorale oblige, chaque parti y va de son trousseau de solutions qui viennent animer, avec plus ou moins de vigueur, le débat sur les grands enjeux du monde de l’éducation. Cette campagne n’allait pas y échapper et voilà que l’une des promesses sur laquelle au moins deux des partis semblent s’entendre est d’abaisser le ratio du nombre d’élèves par enseignant[1].

       

      On ne saurait être contre la vertu, encore faudrait-il que les moyens s’approchent d’une certaine forme d’espoir d’atteindre la finalité recherchée. Une approche quantitative trouvera certes une certaine forme de résonnance dans le grand public – c’est bien là qu’on cherche à être entendu d’ailleurs – mais est vite venue décevoir un milieu de l’éducation résolument tourné vers des stratégies qui tiennent compte de la réalité scolaire. Cette réalité, c’est la zone de tolérance au dépassement de l’actuel ratio. On pouvait lire sur le blogue d’un Prof malgré tout:

       

      «Effectivement, la différence entre une classe de 23 élèves et une classe de 18 élèves en sixième année du primaire n’est pas énorme. Le problème, c’est que parfois, ils sont 30 dans une classe de sixième année. Voulez-vous parier que ça fait une différence 23 à la place de 30 ? Surtout si ça se répète pendant plusieurs années pour une même cohorte d’élève.»[2]

       

      Une réaction pareille n’ est pourtant pas surprenante. Quota, ratio, liste d’attente, réduction de temps d’attente, le vocabulaire qu’on utilise politiquement pour proposer des solutions suggère l’approche quantitative à un milieu animé d’individus passionnés, engagés et commis au meilleur exercice qui soit de leur profession. Le milieu de l’éducation n’est pas le seul à en compter, mais il est certainement l’un de ceux où la direction a un vif désir de parler d’une stratégie globale, qui tiendra compte du dé sarroi de ses artisans, les enseignants.

       

      Tout juste sorti au moment de rédiger ce billet, le Manifeste pour que l’école redevienne une priorité nationale dégageait lui-même, du préscolaire à l’université, tout un lot de mesures dont la réduction d’élèves par classe, mais aussi d’autres stratégies périphériques:

       

      «Les onze revendiquent entre autres une diminution du nombre d’élèves par classe, le développement des activités parascolaires, de meilleurs services de garde en milieu scolaire, un réinvestissement de 1,5 milliard $ du primaire à l’université, et une bonification du régime de prêts et bourses[3]

       

      Nous parlions récemment de la détresse des enseignants, des causes et des moyens qui pouvaient être utilisés pour tenter d’y remédier. Nous parlions aussi des ressources et de leur importance pour mener à bien la mission éducative. Pour contribuer à la santé de notre système d’éducation, il ne suffit pas de multiplier le nombre de passionnés qui y travaillent ou de réduire le nombre d’élèves avec lesquels ils partagent cette passion, il faut surtout voir à donner au milieu les moyens de notre passion collective, l’élève.




      [1] Reportage Épreuve des faits, Société Radio-Canada, 18 novembre 2008. Consulté le 23 novembre 2008.

      [2] Ratio 101, Prof malgré tout, 17 novembre 2008, consulté le 23 novembre 2008. http://profmalgretout.blogspot.com/2008/11/ratios-101.html

      [3] Manifeste Faire de l’éducation une priorité nationale, Lia Lévesque, Cyberpresse, 24 novembre 2008 – http://www.cyberpresse.ca/actualites/elections-provinciales/200811/24/01-803837-manifeste-faire-de-leducation-une-priorite-nationale.php – Consulté le 24 novembre 2008

      Au-delà des intentions, un oeil sur l’action.

      19 novembre 2008 par Chantal Longpré


      Le 29 octobre dernier, nous présentions par voie de communiqué nos réactions face au projet de loi no 88 sanctionné par l’assemblée nationale du Québec et visant à modifier la loi sur l’instruction publique. Ce que nous tenions surtout à soulever, c’est combien le coeur du projet doit demeurer la distribution des ressources allouées à l’établissement pour permettre à l’élève de recevoir les meilleurs services qui soient. 

       

      « Nous avons maintenant clairement la possibilité de nous entendre, de nous comprendre par une entente de gestion entre l’école et la commission sco laire. Une fois pour toutes, si les partenaires conviennent ensemble d’une entente menant à la réussite éducative, l’école pourra davantage devenir le reflet de la communauté qui la compose.» – FQDE, communiqué de presse du 29 octobre 2008.

       

      Au-delà des voeux et des intentions prêtés au projet de loi qui s’avèrent être ses prémisses, ce qui est inquiétant est tout le risque d’occulter la priorité donnée aux intérêts de l’élève par tout le débat que soulève les changements à la démocratie scolaire, à laquelle on tente de donner une identité un peu plus collée à sa communauté. Déjà quelques levées de boucliers annoncent une prise de position axée sous l’angle des considérations politiques, notamment ce communiqué proposé par l’Association des commissions scolaires anglophones du Québec où on pouvait y lire:  

       

      «Bien que le suffrage universel soit un principe important et démocratique, dans ce cas, sa légitimité est mise en qu estion. Le projet de loi no 88 ne vise pas un juste équilibre qui vise à faciliter ou à financer des campagnes efficaces pour les candidats au poste de président, ni aucune protection accordée contre le fait qu’un président puisse obtenir un mandat conféré par une région isolée et peu ou pas d’appui de la majorité de ce territoire.»

       

      Or la FQDE constate que les commissions scolaires, visiblement identifiées comme veilles de la qualité des services éducatifs, demeurent le point d’ancrage des nouvelles dispositions législatives. Les questions demeurent alors entières: comment garantir pour autant une école collée à son milieu, valoriser la spécificité des milieux tout en souhaitant miser sur une forme d’unicité? Comment assurer aux gardiens et porteurs des valeurs du milieu, les conseils d’établissement (CE), que leurs préoccupations trouveront échos et actions, qu’ils sentiront qu’ils sont au coeur d’un partenariat réel et constructif de la réussite éducative? 

       

      Intéresser la communauté au processus démocratique scolaire implique qu’elle puisse sentir que son action dans les sphères où elle est invitée à se joindre est utile et mène à des gestes concrets de la part des instances en périphérie de celles qu’ occupe le CE. Intéresser tout un milieu à son capital scolaire appelle à une possibilité d’en mesurer les objectifs, pour dégager ceux qui sont politiques de ceux résolument éducatifs. C’est à ces actions que seront attentives les directions d’établissement d’enseignement, en tant que partenaires mobilisateurs d’un milieu qui se veut pro-actif, certes, mais aussi en tant qu’acteurs pour qui l’intérêt de l’élève et sa réussite passent par une école à l’image de sa communauté. Pour que survive l’intérêt démocratique, encore faut-il en plus du scrutin que le citoyen sente qu’il est interpellé et entendu par ses institutions. C’est ce à quoi nous sommes résolument dédiés.

      Troquer le dialogue contre la détresse

      10 novembre 2008 par Julie Lussier

      Il aura été diff ic ile ces dernières semaines de ne pas être interpellé par le lot de défis auxquels sont confrontés les jeunes enseignants. D’abord un article du journal La Presse qui abordait le sujet sous l’angle du milieu de vie scolaire d’une jeune élève de maternelle, puis le magazine Sélection du Reader’s Digest qui propose un dossier intitulé « Ces jeunes profs qui décrochent ».

      Dans l’un et l’ autre des artic les, les constats sont accablants. Les chiffres présentés ont de quoi décoiffer le lecteur qui n’a pas marché un mille dans les souliers des directeurs, les témoignages n’ont rien de bien rassurant et le portrait qu’on y présente des directions d’établissement d’enseignement a de quoi faire dresser les cheveux. Regard sur l’envers de la médaille.

      Au-delà de la réforme

      Les causes exprimées pour souligner la détresse des jeunes enseignants ne reposent pas seulement sur la réforme. Si elle est identifiée comme l’un des obstacles, ce qui semble revenir le plus fréquemment, selon le mensuel, serait « l’inclusion, dans les classes régulières, d’élèves ayant des troubles importants d’apprentissage et l’absence de ressources spécialisé es pour l es aider. » Viennent ensuite les politiques de non-redoublement, l’absence de cote pour les élèves en difficulté, la clientèle lourde, les classes bondées, la surcharge de travail, les parents refusant de soutenir l’enseignant, le manque de ressources professionnelles et finalement, « des directions qui […] préfèrent ne rien voir le jour où un élève en colère lance un livre à la tête de son professeur. » La table est mise dites-vous ?

      Au-delà des apparences

      On me permettra ici de déplorer le fait que le point de vue des directions d’établissement d’enseignement soit complètement absent de cet article. L’ouverture que nous préconisons et présentons ici depuis plusieurs semaines ne peut transparaitre lorsque les médias choisissent de sectoriser la présentation des enjeux scolaires sous l’angle des professions, sans lien les unes avec les autres, dans la compréhension et la poursuite des objectifs. Pourtant, des initiatives telles que les journées interrégionales pour la persévérance scolaire et la réussite éducative font la démonstration qu’au-delà des préjugés entretenus envers les différents acteurs scolaires, la concertation et l’ouverture sur l’autre et son milieu sont des pistes de solutions génératrices d’enthousiasme pour les buts que nous poursuivons.

      Le rôle des directions d’établissement d’enseignement se joue justement au cœur de ses détresses et des inquiétudes qu’elles soulèvent, dans une responsabilité d’écoute, d’analyse, de concertation, de conciliation, de négociations quotidiennes et de leadership soutenu afin de mener à bien une mission dont elles acceptent avec enthousiasme toute la signification. Il est à ce point agréable pour nous d’en soulever toute la portée que nous souhaitons, lorsque ces enjeux sont présentés, avoir l’opportunité d’engager, aussi, le dialogue à propos des enjeux. Pourquoi ne pas le faire ici ?